La
consommation de cannabis atteint des proportions inquiétantes
chez les jeunes ; son usage est encore plus fréquent chez
les patients psychotiques et préoccupe les cliniciens disposant
de peu d’outils pour lutter contre ce fléau.
Face
à cette tranche d’âge, « faire la morale
» rompt le dialogue ; le concept du projet « Psychose
et cannabis » mené dans le cadre du programme JADE
cherche à maintenir le dialogue afin d’informer
sur les dangers du cannabis. Ce projet s’inscrit dans un cadre
thérapeutique groupal d’un service spécialisé
dans la prise en charge de la psychose débutante.
Mme Quélennec
nous dit qu’un consensus existe quant au fait que le cannabis
- précipite la psychose chez les personnes vulnérables,
- exacerbe les symptômes et
- aggrave le pronostic de la maladie (rechutes et hospitalisations
plus fréquentes).
Ce projet est
donc parti d’un sentiment de frustration chez les soignants,
regrettant de ne pas disposer de techniques spécifiques ni
d’espaces privilégiés pour débattre de
ce sujet sans devenir menaçant, contrôlant et moralisateur.
Le projet axe
son intervention sur l’information concernant TOUS les aspects
du produit, y compris les expériences agréables. Le
but est d’informer objectivement, sans parti pris, afin que
l’approche s’attaque aux croyances des patients sur
l’inoffensivité du cannabis.
Il
s’inscrit dans le cadre du programme groupal
du service, avec un module conçu sur deux séances
d’une heure à une semaine d’intervalle, conduit
en co-animation par deux infirmiers.
« Pour
que notre propos soit didactique et adapté aux difficultés
liées à la psychose, il nous fallait tenir un langage
simple et concis. Passer une information claire dans un cadre structuré
main non menaçant fut notre mot d’ordre, » nous
explique Mme Quélennec.
Un
support audiovisuel a été préparé
; les diapositives présentent en premier lieu un questionnement,
puis des éléments de réponse : leurs illustrations,
extraites d’Internet, sont de couleurs vives empreintes d’humour.
Des spots opposent le mythe largement répandu de produit
naturel et inoffensif à la réalité des effets
négatifs, sous forme de témoignages recueillis auprès
des jeunes consommateurs réguliers qui racontent des expériences
de « bad trip », de troubles de la mémoire et
des capacités d’apprentissage, de problèmes
relationnels…
Lors de la seconde
séance, on exploite des extraits d’un reportage où
des jeunes décrivent leur décompensation psychotique
suite à un usage précoce et régulier du cannabis,
suivie du processus de rémission. Ils témoignent de
l’évolution de la maladie après une période
d’abstinence et de soins psychiatriques.
Evaluation
d’une année de pratique
Un regard pratique sur ce projet après un an de travail avec
une quarantaine de patients révèle une manque totale
de difficulté dans la dynamique du groupe : les patients
surpris par la démarche ont rarement vanté le produit
et encore moins tenté de convaincre de ses bienfaits.
Le support et
le groupe ont été deux atouts majeurs. La formule
multimédia « capte indubitablement l’attention
des jeunes (…) et constitue un excellent secours pour soutenir
l’attention la plus souvent déficitaire des patients
encore symptomatiques ».
En plus, le
support visuel « prend le rôle de médiateur :
il permet le passage d’informations qui seraient irrecevables
via les soignants et favorise l’expression des affects de
manière moins menaçante ». A l’issue de
la projection, un débat s’installe, les participants
échangent doutes, convictions, interrogations et expériences
personnelles.
Perspectives d’avenir
« Il serait sans doute opportun de réfléchir
aussi avec eux au sens de leur consommation : appartenance au groupe,
luttle contre les symptômes négatifs, réduction
des effets secondaires des neuroleptiques ?… authat d’hypothèse
qu’eux seuls pourraient nous confirmer.
« ces
pistes nous conduiraient certainement aux portes d’un travail
motivationnel indivduel ou en groupe, susceptible de soutenir les
patients dans leur capacité de résolution de problèmes
en développant leurs compétences autour de la balance
décisionnelle. »
Un
résumé plus complet de cette conférence avec
les diapositifs est disponible sur ce site web.
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