TROUBLES PSYCHIQUES

Conférences :
Mise au point à propos des médicaments par le Docteur Marco MERLO, et présentation sur l'attitude de la population générale concernant les médicaments psychotropes par le sociologue Eric Zbinden
8 novembre 2004

Dr Merlo, médecin agrégé, responsable du secteur Pâquis, reprend le mot du président du RELAIS, Jean Dambron: Pour les personnes souffrant de troubles psychiques, les médicaments sont une béquille indispensable mais pas une solution.

En expliquant les différences entre la première et la deuxième génération de psychotropes, il précise que les médicaments de la deuxième génération ne sont pas à vrai dire des neuroleptiques, parce qu'ils n'ont pas d'effets "parkinsoniens" (qui réduisent la motilité). Les médicaments 1ère génération (tous basés sur le clozapine) agissent sur le système dopaminique; ceux de la 2ème génération y agissent aussi, mais l'effet dure beaucoup moins longtemps parce qu'ils ne "collent" pas aux neurotransmetteurs. Ils visent la réduction de l'hyperactivité sans bloquer complètement l'action dopaminique. Ceci est important parce que le système dopaminique remplit plusieurs fonctions vitaux (par rapport à la motivation, la gestion de stress, les fonctions cognitives notamment). Ni les médicaments de la 1ère ni ceux de la 2ième génération n'influent significativement sur les symptômes négatifs.

Sur le dosage, le docteur Merlo dit que par rapport à ce qui se faisait pendant les années '80 et qui se fait encore aujourd'hui aux Etats-Unis, aujourd'hui on essaye (à Genève) d'éviter des dosages trop élevés afin de ne pas bloquer complètement le système dopaminique. Il faut du temps (et de la patience) pour pouvoir trouver le bon dosage.

Le tout dernier médicament – Abilify - a une action particulière: il stimule le système dopaminique s'il marche au ralenti et le freine s'il marche trop fort.

Le docteur présente une étude comparative entre l'Haldéripol (1ère gén.) et les nouveaux molécules par rapport au traitement à long terme et pour éviter les rechutes.

En réponse à des questions du public, il explique que
- Bien qu'un bas dosage au début s'avère efficace, il se peut qu'avec le temps, il sera nécessaire de l'augmenter.
- La combinaison de deux médicaments à la fois peut être logique parce que complémentaire.
- 15%-20% de patients ne répondent pas aux médicaments, ou même ont des réactions paradoxales. Cela laisserait croire qu'ils souffrent de psychoses de type pas dopaminiques.
- La dyskinésie tardive – un possible effet secondaire grave de la 1ère génération de médicaments - n'est réversible qu'en 50% des cas. Mais on peut le traiter avec le Leponex. Note: Le "correcteur" Akineton n'est pas bon! Il ne fait que masquer les effets de trop hauts dosages de neuroleptiques.
- Les benzodiapines (anxiolitiques?) créent la dépendance, mais peuvent être utilisés pour des périodes courtes.
- Le cannabis augmente l'action dopaminique. La consommation fréquente active et des-active le système dopaminique, ce qui risque de sensibiliser ce système. Un résultat d'une consommation fréquente et soutenue souvent observé (chez les jeunes, pas forcément psychotiques) est celui d'un détachement progressif de la réalité et des autres.
- L'autogestion par les patients de leur dosage peut être mauvais: s'ils arrêtent, recommencent, et/ou changent souvent les dosages, cela a le même effet de sensibilisation du système dopaminique que mentionné ci-dessus (par rapport à la consommation de cannabis).
- Avec des jeunes patients, l'idéal serait de les garder quelques jours à l'hôpital afin de comprendre le pourquoi de leur état et de voir s'il serait possible de les aider autrement qu'avec des médicaments tout de suite. Mais les pressions de "l'extérieur" sont énormes; il faut aussi se rendre compte que beaucoup de patients ont déjà perdu beaucoup de temps!

Le docteur Merlo est entièrement d'accord sur le besoin de meilleures structures et du soutien social pour aider des personnes souffrant de troubles psychiques à "s'en sortir". Il en faut faire plus d'efforts dans ce domaine. Mais cela est difficile dans le contexte économique actuelle et aussi dans un contexte de fort dépendance sur l'AI; ces deux facteurs influent d'une façon négative sur la motivation des patients.

* * *

M. Zbinden, responsable de la recherche sociologique du département de psychiatrie (HUG), a participé à une enquête sur "Le regard de la population générale sur la psychiatrie et les traitements utilisés en psychiatrie". Cette enquête est partie d'un constat de l'existence d'attitudes très divergentes des patients face au traitements proposés. On a aussi constaté les liens entre les attitudes et "le savoir", et distingué entre le savoir médical et le savoir populaire.

Une questionnaire comportant des "vignettes cliniques" sur trois maladies psychiques – le trouble schizophrénique, la dépression majeure, et le trouble panique – et des questions concernant des situations de déviance de la vie quotidienne – agitation, retrait, bizarrerie, violence - a été rempli par 1016 personnes.

Résultats:
- La majorité des répondants n'étaient pas convaincus que la schizophrénie est une maladie. En comparaison, plus de répondants pensaient que la dépression en est une.
- Le traitement de choix pour la majorité de répondants est la psychothérapie individuelle, suivi par la relaxation. Les médicaments sont beaucoup moins reconnus – à peu près au même titre que le yoga ou la méditation.
- La réserve face à l'utilisation des médicaments psychotropes semblait être motivé par la conviction
- de la présence d'effets secondaires
– d'une efficacité douteuse
– d'une attitude négative envers tous les médicaments
– de l 'idée que la personne n'est pas vraiment malade et qu'elle est responsable de son état.
- Facteurs explicatifs: Plus les personnes aient un niveau socioprofessionnel et un niveau d'instruction/formation élevé, plus leurs attitudes seront positives. Ceci est vrai aussi si elles ont des contacts avec des institutions psychiatriques, avec des amis ou proches ayant des problèmes psychiatriques.
- Ces attitudes négatives envers les psychotropes vont de pair avec des attitudes autoritaires par rapport aux patients psychiatriques. L'opinion dominant chez ces personnes est qu'il faudrait imposer à ces malades des restrictions sociales sur plusieurs plans, et avec la conviction qu'eux-mêmes ou leur famille sont responsables de leurs troubles.

Conclusion: Le savoir populaire ne coincide pas avec le savoir médical.

Que faire? Quant aux possibles campagnes d'information, M. Zbinden n'est pas convaincu que l'information a toujours l'effet espéré. Il cite l'exemple d'une grande campagne de déstigmatisation menée par la World Psychiatric Association.

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