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(Les
diapositifs PPT de Mme Menétrey-Savary se trouvent en format
pdf sur notre site web.)
Enseignante,
psychologue, militante politique et entre 1984-2000 active au sein
de l'Institut suisse de prévention de l'alcoolisme et autre
toxicomanies, Mme Anne-Catherine Menétrey-Savary a partagé
ses " réflexions citoyennes " sur la santé
mentale et les troubles psychiques avec nous et a aussi parlé
de son expérience passée personnelle en tant que compagne
d'une personne souffrant de troubles psychiques. Mme Menétrey
a soulevé beaucoup de questions importantes et complexes.
Qu'est
la santé psychique ? : Est-ce l'absence de maladie ou un
état de bien-être physique, psychique et social (OMS).
Ou encore : la santé = disposer de ressources pour construire
sa vie et trouver des équilibres ? Pour Mme Menétrey,
la santé n'est pas un état mais un dynamisme.
C'est
aussi une construction sociale ; si on ne correspond pas au modèle
dominant, on est considéré comme un malade qui a besoin
d'être soigné ( = la médicalisation de l'existence).
Quel
critère pour décider que quelqu'un est malade ? Pour
Mme Menétrey, le critère serait la souffrance plutôt
que les symptômes. La DSM* identifie 300 pathologies psychiques.
La majorité des humains ont quelques-uns des symptômes
; sont-ils tous malades alors ? Mais la souffrance est un continuum
; alors où mettre le curseur entre santé et maladie
?
Poser
un diagnostic : Est-ce rassurant, banalisant et/ou stigmatisant?
Entre les principales représentations sociales sur les maladies
psychiques, il y la fascination d'une part, et la peur (" le
gouffre dans lequel on pourrait tomber ") de l'autre ; il y
a le déni (des politiques qui parlent d'abuseurs et de pseudo-malades
ou des proches qui disent " tu n'as qu'à faire un effort
") ; la stigmatisation ; l'incompréhension et la culpabilisation.
Pourquoi
tant de malades psychiques ? La fréquence des troubles psychiques
dans l'UE est en constante augmentation. Pour l'expliquer, le Conseil
fédéral (dans un message sur la révision de
l'AI) cite des changements dans le monde du travail, mais aussi
le fait que ces maladies ne soient plus un tabou et qu'une rente
AI ne provoquerait plus la stigmatisation. Et le Conseil conclue
: " Cette évolution représente un danger pour
les assurances sociales et la solidarité en général
" !
Mme
Menétrey propose d'autres causes possibles, par ex.
- la médicalisation des problèmes sociaux,
- le manque de repères dans la société,
- le fait qu'aujourd'hui on a tellement de choix sur sa façon
de vivre ; le résultat est qu'on est beaucoup plus responsable
pour soi-même, ce qui mène à la compulsion et
la dépression.
Selon elle, nous sommes libres, mais c'est une liberté truquée.
On a un devoir de santé. Si les choses tournent mal, c'est
notre faute.
Quelles
approches thérapeutiques ? Pour Mme Menétrey, "
Le système de santé vise le quantitatif, l'économique
et l'objectivable
", ce qui met l'accent sur la thérapie
cognitive et médicamenteuse (basée sur les neurosciences)
au dépens de la clinique, et peut mener à " une
médecine de pièces de rechange ". Les exigences
posées (efficacité, adéquation, économicité)
pour le remboursement des soins seraient quasiment impossible à
satisfaire.
Les
thérapies alternatives suscitent l'espoir, mais présentent
aussi des dangers, par ex.
- la psychiatrie communautaire utilise les ressources du patient,
mais certains patients (des " saboteurs ") ont l'impression
que ça ne marche pas;
- la psychiatrie citoyenne et les réseaux sociaux offrent
une perspective holistique, un accompagnement et la pluridisciplinarité,
mais exercent aussi un pouvoir auquel il est parfois difficile de
s'évader.
Quelles possibilités de réinsertion ? Il existe des
formes de réinsertion dans l'économie sociale et solidaire,
mais aussi des risques d'auto-exploitation et de se trouver mis
en ghetto. Quant au travail/emploi, la personne souffrante doit
souvent choisir entre la sur-stimulation et la disqualification.
La
guérison ? Mme Menétrey voit un conflit entre le désir
de redevenir " normal " (par le travail) et celui de vivre
intensément (" la dignité du risque ").
Pour elle, il y a " des formes de guérison qui sont
plus tristes/ternes que la maladie " ; elle explique ainsi
les patients qui refusent des médicaments pour ne pas émousser
leurs émotions. Les souffrants psychiques veulent vivre pleinement
mais désespèrent d'en être capables de par leur
maladie.
Par
rapport à sa définition de la santé psychique,
la guérison n'est-elle pas un choix personnel, un équilibre
à trouver ? Ou n'est-ce pas faire peu de cas de la souffrance
?
La
dimension politique
Mme Menétrey affirme " les bonnes intentions du monde
politique " suisse, mais doute de sa capacité de réaliser
les objectifs qu'il s'est posés, vu sa préoccupation
avec le financement et l'économicité.
Comme
obstacles, elle cite une absence de compétences de la Confédération,
l'absence de financements et le manque de volonté pour une
autre politique. La révision de l'AI et le contrôle
des psychothérapies sont des signes de ce manque de volonté.
D'autre part, " Une loi sur une politique de prévention
est en cours d'élaboration ; elle est déjà
refusée par les partis bourgeois [
] qui préfèrent
pénaliser les individus qui se comportent mal par le biais
de l'assurance maladie. "
La
nouvelle loi sur l'AI comporterait de nombreuses lacunes :
- pas d'obligation pour les entreprises
- pas de rente si les troubles sont " objectivement surmontables
"
- pas de rente si la maladie n'est pas stabilisée
- refus de l' "assistance au travail "
- les causes psychosociales ne sont pas prises en compte.
Sous cette loi, 12'500 rentes vont être supprimées.
Pour
Mme Menétrey et en dépit d'un " climat politique
peu favorable ", il y a " des projets quand même
". Entre autres, elle cite des politiques cantonales ou des
mandats à des institutions et fondations (par ex. le Job
coach Placement à Berne), l'Alliance contre la dépression,
et Promotion santé suisse.
Comme
possibilités d'action pour les citoyens, elle suggère
l'action contre les lois comme l'AI (possibilité de referendum)
et l'utilisation à bon escient de la loi sur l'égalité
des droits pour les handicapés. Sur le plan politique, il
faudrait dépasser le niveau communautaire pour aller vers
le collectif, par ex., les médecins. Les associations sont
actives mais ne mobilisent pas le débat public ; il faudrait
une meilleure coordination pour occuper le champ politique.
*DSM
= Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders (DSM) publié
par le American Psychiatric Association.
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