Mme
Maranzano a été chargée de recherche auprès
de la Collection de lArt Brut
à Lausanne avant de diriger, entre 1999 et 2007, un atelier
de peinture dans un
hôpital psychiatrique en Italie. En 2008, elle a réalisé
lexposition «Folie
Italienne», accompagnée dun cycle de conférences,
pour le compte du Service
des affaires culturelles des HUG.
Elle
a créé en 2009 lassociation Atelier Pilote dont
la mission principale est
d'encourager le processus de création dans le domaine des
arts visuels auprès de personnes atteintes de troubles psychiques,
d'un handicap mental ou d'autres facteurs, source de marginalisation.
Dans
le cadre de la 8e édition des Journées francophones
de la Schizophrénie organisée à Genève
par notre association, Mme Maranzano nous a parlé des rapports
entre l'art et la souffrance psychique au travers du parcours d'un
homme, Vincenzo Sciandria, qui a fréquenté l'atelier
de peinture qu'elle dirigeait au sein de l'hôpital psychiatrique
Fatebenefratelli, près de Milan.
Cet
homme, qui a vécu presque toute sa vie en institution, est
venu à Fatebenefratelli en 1983 ; en 1996, il a intégré
latelier dexpression artistique ouvert par lhôpital.
Mme
Maranzano a travaillé avec Vincenzo Sciandria pendant presque
dix ans et la caractérisé comme un homme que
personne naurait associé à lart de prime
abord.
Sciandria
avait un besoin urgent et constant de coucher ses délires,
ses hallucinations dans un langage étrange
sur le papier. Il a commencé en écrivant sur des photocopies
de sa carte didentité. En quête didentité,
il avait de multiples sujets empruntés à l'actualité,
à la littérature, à la bande dessinée
ou quil avait simplement inventés comme «
Skillinger », homme issue des neiges et des glaces.
Bien
que son langage était fort limité, il avait besoin
de communiquer, détablir des relations avec les autres.
Ce quil a finalement réussi à faire à
travers son art !
Après
plusieurs expositions, ses oeuvres ont été représentées
dans des catalogues et vendues en Italie et à létranger.
Ainsi, Vincenzo Sciandria est devenu un écrivain et un artiste
renommé, avant de mourir récemment, à la veille
dune grande exposition.
A la
question de savoir si une activité artistique peut aider
les patients schizophrènes à guérir, Mme Maranzano
répond que cela peut être structurant, mais ne peut
en aucun cas être envisagé comme un remède ni
comme un moyen de re-socialisation. Ce nest pas non plus un
chemin automatique vers la reconnaissance : « Ce nest
pas parce vous êtes marginal, que vous produirez forcément
quelque chose qui parlera aux autres », a-t-elle précisé.
On
distingue souvent l« art brut » de l«
art culturel ». Mme Maranzano identifie quelques-unes des
différences entre les deux : les artistes schizophrènes,
pour la plupart autodidactes, ne sont pas freinés par les
conventions et expriment librement et spontanément leurs
préoccupations humaines. Ils ont aussi un dépouillement
de formes que beaucoup dartistes fameux cherchent à
atteindre pendant toute leur vie !
En
dépit de ces différences, Mme Maranzano pense quil
y a un fond artistique commun et éminemment humain entre
lart produit par les artistes schizophrènes et celui
des artistes « culturels ».
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